Anne-Margot Ramstein

Portfolio

Extrait du livre J’étais au pays de Ava & Ève, paru aux éditions Albin Michel Jeunesse en 2019. Technique: crayon de couleur sur papier

Dessinatrice inspirée et appliquée, Anne-Margot Ramstein multiplie les techniques, les projets de livres et les mandats d’illustration. Ses représentations du corps, érotique ou sportif, en mouvement ou en extase, et la sophistication de ses dessins destinés à l’impression en faisaient l’artiste toute désignée pour créer la couverture de Frankissstein, ce roman joyeusement gothique de Jeanette Winterson publié chez Alto à l’hiver 2021.

Née à l’île de la Réunion, où sa famille vit toujours, Anne-Margot Ramstein a fait des études d’arts graphiques à Paris, puis d’arts décoratifs à Strasbourg. « J’ai eu la chance de faire un échange universitaire à la Boston School of Fine Arts, puis de voyager pas mal une fois mes études terminées. J’ai vécu trois ans à Montréal, et un an à Rome, où j’ai été pensionnaire à la villa Médicis », raconte-t-elle. Il y a trois ans, elle s’est posée à Strasbourg avec son compagnon, Matthias Arégui. Ensemble, ils ont réalisé à quatre mains plusieurs albums, dont Dedans dehors et Avant après pour Albin Michel Jeunesse.

Anne-Margot Ramstein, dessin pour une exposition organisée par le CEAAC à Strasbourg en décembre 2018. Technique : gouache et crayon noir sur papier

Pourquoi le dessin est-il devenu votre médium de prédilection ?

J’aime essayer beaucoup de techniques, mais je réfléchis toujours comme une dessinatrice. Le dessin et l’image restent mon centre d’intérêt principal. Ils impliquent une forme de détachement qui me plaît. La vidéo et le happening ne me conviendraient absolument pas. Me montrer, moi, impudique, dans tout ce qui est une mise en scène du corps, c’est quelque chose que je n’ai jamais envisagé.

 

Anne-Margot Ramstein, BBMIX

Comment est née l’envie de faire En forme!, un album sur le sport, avec un déferlement de corps en mouvement ?

J’aime beaucoup la photographie sportive. D’un point de vue pictural, je trouve ces images érudites et extrêmement sophistiquées. Il y a une dramaturgie et un dynamisme que je trouve extraordinaires, et j’avais envie d’utiliser ça dans le dessin. Mais rendre hommage à la photographie sportive ne faisait pas un livre. Il fallait un propos. C’est devenu un imagier du corps, du geste, avec des enfants, du sport amateur, pas seulement du sport d’exploit.

Les corps dans l’espace sont aussi au cœur de Otto ou L’île miroir, paru chez 2024. Comment avez-vous abordé la notion d’érotisme ?

Ce qui a amené l’érotisme est l’idée de symétrie, qui rend les images décoratives. J’ai été très indécise pendant toute l’élaboration du livre à savoir quelle était la ligne entre érotisme et pornographie. J’hésitais entre la suggestion et la monstration. Je ne voulais pas qu’il y ait une représentation trop chic de la sexualité, j’avais envie de quelque chose d’assez cru, mais tout de même recherché et soigné.

Anne-Margot Ramstein, couverture du livre OTTO ou L’île miroir, paru aux éditions 2024 en 2018. Technique : crayon noir sur papier

Ce travail a incité Alto à vous confier la création de la couverture de Frankissstein. Qu’est-ce qui vous a plu dans cette proposition ?

L’idée d’utiliser à nouveau l’objet livre pour aborder la sexualité et le jeu graphique, qui permet de dissimuler et de dévoiler des formes. Il y avait aussi les questions du genre, des organes ambigus, de la confusion entre les formes mécaniques ou organiques, qui me plaisaient beaucoup.

Anne-Margot Ramstein, 100 km/h recto. Technique : encre sur papier
Anne-Margot Ramstein, dessin réalisé pour Hermès. Technique : numérique

Quelle a été la démarche derrière vos billets de banque, dont la valeur est déterminée par la vitesse maximale de l’animal qui y figure?

J’aime beaucoup les images qui sont issues des arts appliqués, dont les billets de banque font partie. On ne les regarde plus, on ne voit plus les images qu’ils portent, elles ont un statut particulier, une valeur. Il y a un travail remarquable, avec d’innombrables rosaces et jeux de filigranes, dans les billets de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Puisque ce sont des dessins qui ne doivent pas pouvoir être contrefaits, ils se sont complexifiés. Je voulais essayer de faire des jeux de trames et de superpositions comme ceux-là. J’ai pu le faire en 2012, lorsqu’un magazine a invité les étudiants en illustration de ma cohorte à Strasbourg à faire un numéro en risographie, sur le principe d’une seule couleur par couche. Chaque page avait un recto et un verso. Ce sont des images que j’ai déclinées dans d’autres projets depuis.

Un artiste marquant :

Saul Steinberg, pour son humour, son dessin élégant et son sens du rythme qui me rappelle Paul Klee.

Un livre que vous aimez :

Les Petits traités de Pascal Quignard

Une ville que vous aimez :

Montréal, parce qu’on s’y sent très libre, qu’elle se métamorphose avec les saisons et que j’ai adoré m’y balader.

Une musique que vous écoutez en travaillant :

C’est très varié. En ce moment, j’essaie de découvrir de nouvelles choses en reggae. Avec le confinement et le fait d’être maman, je ne sors plus, donc j’écoute des trucs très festifs !

Votre musée préféré :

Au Musée d’histoire naturelle à Boston, il y a une salle extraordinaire avec les glass flowers du père Blaschka et de son fils. J’y suis beaucoup allée quand j’étais étudiante là-bas.