«Toute cette histoire est assez improbable»

Inédit | Par Michel Rivard

Albarrán Cabrera

J’étais serein chez moi un matin
vaguement occupé à aimer l’automne
quand du coin de l’oeil
j’aperçus sur la table de bois
un livre de petite dimension
(du moins dans son apparence extérieure)
que je n’avais jamais remarqué avant
ni d’Ève ni d’Adam
La fin de l’alphabet d’un certain C S Richardson

tombé du ciel ?
un cadeau de la littérature ambiante ?
un envoi recommandé de la Grande Librairie Céleste ?
c’est ce qui me trottait dans la boîte crânienne
au moment où j’ouvris le livre

finement calligraphiée
les lettres prenant leurs aises en volutes faciles
et soignées à la fois
une dédicace

 « pour Michel…
s’il vous plaît, lisez-moi à haute voix ! »

 c’est tout

The Mouth of Krishna #808, Albarran Cabrera

mais ce n’est pas vrai

(ce qui est vrai)
le 30 septembre dernier
je reçois un message de Dominique Fortier
je ne sais pas vous
mais moi
si je reçois un message de Dominique Fortier
je le lis
elle me demande mon adresse courriel
pour la donner à Antoine Tanguay (Alto)
qui a une proposition intéressante à me faire
lire à haute voix La fin de l’alphabet
pour fin d’audio-livre

voilà

(fin du lancer de noms propres)

The Mouth of Krishna #775, Albarran Cabrera

nous sommes quelques mois plus tard
je suis toujours serein chez moi
occupé comme il se doit
à aimer l’hiver cette fois
tout rempli
tout plein de ce récit magnifique
de cet hommage alphabétique
à la vie
à l’art et à l’amour
aux lettres et à leurs formes
sinueuses ou anguleuses

j’ai lu le livre trois fois plutôt qu’une
trois moments de douce lecture
une fois pour mon cœur et ma tête
une autre pour mon cœur et ma voix
et une troisième pour le micro
et vous tous qui serez au bout du fil

je l’ai lu comme j’ai souvent lu
à mes enfants
à mes aimées
à mes parents même quand petit
j’étais donc fier de ma composition
je l’ai lu comme un ami qui dit
écoute comme c’est beau
ce qu’écrit cet homme pour dire qu’il aime

écoute ce passage
où un garçon de douze ou treize ans
dessine minutieusement
étendu sur le plancher de sa chambre
l’illustration d’un paquet de cigarettes
les Camel de son père 

écoute le rêve que lui raconte le chameau
en prenant vie dans le dessin

écoute

« la vie continue
la mort continue
l’amour continue
c’est simple comme tout »

c’est beau, non ?