La domination des sexes

Par Larry Tremblay

Lino

On estime que 12 millions de jeunes filles de moins de 18 ans sont mariées de force chaque année. Beaucoup d’entre elles ne sont que des enfants et les hommes qui les épousent ont parfois jusqu’à dix fois leur âge. Cette malheureuse statistique passe souvent inaperçue. Si on s’y attarde, on s’en  émeut un peu, mais comme elle revient sans cesse, on finit par s’y habituer.

Il n’y a rien de pire qu’une injustice à laquelle on s’habitue. Elle perd son urgence, elle devient un fait qui se banalise, fait soi-disant culturel.

Il va ainsi de la supposée suprématie d’une civilisation sur une autre, d’une race sur une autre, d’une langue sur une autre, d’un sexe sur un autre. Le groupe dominant justifie par des idéologies fallacieuses les actions qui servent ses intérêts, assurent et augmentent son pouvoir.

Le deuxième mari remet en question, par la  fable qu’il propose au lecteur, cette domination qui traverse l’histoire de l’humanité : celle de l’homme sur la femme. Dans ce roman, ce sont les garçons qui sont forcés d’épouser les femmes que leurs parents ont choisies pour eux. Par ce renversement des valeurs, j’ai voulu amener les lecteurs à s’interroger : est-ce plus acceptable que l’homme domine la femme ? Est-ce moins acceptable que la femme domine l’homme ? Est-ce plutôt la domination qui doit susciter notre étonnement et notre jugement critique ?