Ben Cauchi

Portfolio

Ben Cauchi a vu le jour en 1974 à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Il habite maintenant à Berlin, en Allemagne, où il travaille également. Ses photographies, pour la plupart des ambrotypes, ont été exposées dans diverses galeries à travers le monde et lui ont valu plusieurs distinctions.

Pourquoi avoir adopté les ambrotypes?

Quand j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la photographie, ce qui m’a d’abord frappé, c’est qu’une image, comme une peinture ou une sculpture, pouvait être envisagée comme un objet. Le caractère à la fois matériel et physique du procédé m’a d’abord attiré. Les ambrotypes et les ferrotypes sont des images imprimées directement sur du verre ou du métal à l’intérieur de l’appareil, sans l’aide d’un agrandisseur. C’est un processus manuel délicat comportant son lot de pièges, mais j’apprécie le fait que ce qui se retrouve sur le mur d’une galerie est exactement l’objet qui se trouvait à l’intérieur de l’appareil et qui a été transformé par la lumière. J’aime ce caractère artisanal, les imperfections qui font partie de l’œuvre. Il y a quelque chose d’extraordinairement fascinant dans la nature alchimique de ce procédé qui transforme un morceau de verre grâce à un mélange de liquides. Enfin, j’ai choisi cette technique parce qu’elle sied aux images et aux thèmes que j’explore.

Où puisez-vous votre inspiration?

Il m’est difficile de déterminer l’origine de mon inspiration… Si seulement je savais où aller cogner si les idées venaient à me manquer, ma vie serait beaucoup plus simple! Selon moi, l’inspiration vient lorsque plusieurs idées différentes se rencontrent. Elles peuvent provenir d’un peu partout : de la musique, du cinéma, de la littérature ou tout simplement de la contemplation d’un mur nu, d’un vélo au bord d’un canal, ou encore d’une conversation avec un ami. Habituellement, je suis plus inspiré par les choses qui font vagabonder notre esprit, qui le déraisonnent, par les moments insaisissables.

Votre travail est plutôt sombre et mystérieux; en fait, vos photographies semblent hantées. Pourquoi avoir choisi cette voie?

Hantées est un mot approprié. La photographie a probablement plus que son lot de fantômes – c’est une technique qui capte et préserve le temps, après tout. Des ressemblances faites de sels et de lumière, ou de peu importe ce qui se trouvait devant la lentille lorsque l’exposition a eu lieu.

Il y a un mythe qui subsiste en Nouvelle-Zélande, d’où je viens, à propos du « Gothique Kiwi » – pas gothique dans le sens de vampire, mais plutôt en référence à une saveur locale née principalement d’idées autour du relatif isolement et de la rugosité du pays. C’est quelque chose que l’on peut retrouver dans la musique, le cinéma, la littérature et l’art, et peut-être que ça joue également un rôle dans mon travail. Tout a un côté clair et un côté sombre, bien sûr, et je m’intéresse à l’endroit où les deux se rencontrent. Plus directement, et c’est en lien avec mon travail également, je crois que l’alchimie que l’on attribue souvent à la photographie est une chose bien réelle, tangible même. La magie, les illusions, la fumée et les miroirs, cet espace entre le vrai et le faux… Je m’intéresse à ces choses, et inévitablement, elles deviennent des parties intégrantes de mon travail. Le processus que j’utilise se prête lui-même très bien à une imagerie sombre et mystérieuse – et pour un regard moderne, les images ont l’air vieilles aussitôt qu’elles sont produites. C’est l’une des raisons pourquoi je l’utilise… Ça aide à brouiller les frontières.

Avez-vous des photographes favoris?

Je regarde toujours autour afin de voir ce que font les autres – pas uniquement en photographie, mais en art de façon générale. En photographie, je suis souvent plus attiré par le travail de ceux qui utilisent la photo pour créer quelque chose à partir de rien que par ceux qui tentent de capter une image… Le travail d’Adam Fuss, par exemple, ou d’Andrew Beck de la Nouvelle-Zélande. Weegee, Talbot, Diane Arbus et Laurence Aberhart sont des photographes que j’admire. Mais, pour être honnête, le plus souvent, c’est l’art dans un sens plus large qui m’intéresse davantage que la photographie elle-même : Goya, les dernières peintures de Colin McCahon, ou les peintres flamands de la Renaissance nordique.

Chez Alto, sa photo Still Life a servi à enjoliver le roman Dans le noir.