L’orangeraie
(adaptation théâtrale)

Extrait de L'orangeraie | Par Larry Tremblay

Gunther Gamper

L’orangeraie a été adapté pour le théâtre par son auteur, Larry Tremblay. Claude Poissant en a assuré la mise en scène. Il s’agit d’une cinquième collaboration entre les deux hommes de théâtre.

PERSONNAGES :

Amed
Aziz
Tamara
Zahed
Soulayed
Kamal
Halim
Mounir
Mikaël
Shahina (voix)
Mani (image projetée)

Prologue

Tous les acteurs entrent sur scène. Ils regardent le public. Seul Mikaël porte des vêtements d’hiver.

Voix de Shahina : Je suis morte il y a trois jours. J’avais mal dormi. Je me suis levée bien avant l’aube. Je suis allée prier dans la cuisine. C’est là que je préfère parler à Dieu, dans l’odeur des épices et de la menthe fraîche. J’en garde toujours près du mur où j’ai accroché un calendrier et une énorme botte de menthe qui embaume la cuisine. C’est aussi une prière à Dieu, cette odeur vivante qui monte et se répand dans la maison. Je me suis prosternée sur le plancher humide. J’ai entrouvert mes lèvres pour laisser passer les noms de Dieu comme des guirlandes de fleurs fraîches. Je n’ai pas compris au début ce qui m’arrivait. J’ai eu le temps de commencer un cri mais je ne l’ai jamais terminé. J’ai crié : « Mounir! » Je crois que ma bouche a voulu crier le nom de mon mari, je ne sais plus. Je m’appelais Shahina. M’entendez-vous?

(Tous les acteurs sortent sauf Amed et Aziz qui s’adressent au public.)

Amed : Je suis Aziz.

Aziz : Et moi, Amed.

Amed et Aziz : Ce n’est pas vrai.

Aziz : Lui, c’est Amed.

Amed : Et lui, Aziz.

Amed : Grand-mère Shahina nous confondait souvent.

Aziz : Elle nous appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert.

Amed : Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double.

Aziz : C’est ce qu’elle n’arrêtait pas de nous crier.

Amed : Toi, tu lui répondais : Un jour, il n’y aura plus de gouttes.

Aziz : Et toi, tu ajoutais : Il n’y aura plus que de l’eau.

Amed : Oui, juste de l’eau, plus de gouttes.

Amed et Aziz : Elle aurait pu nous crier : Un jour, il y aura du sang.

Aziz : Quand la bombe est tombée, il faisait encore nuit. Mais grand-mère était déjà levée. On a retrouvé son corps dans la cuisine. Qu’est-ce qu’elle faisait dans la cuisine en pleine nuit?

Amed : Personne ne pourra jamais le savoir.

Aziz : Elle préparait un gâteau.

Amed : En pleine nuit? Un gâteau?

Aziz : C’est notre mère qui l’a dit. Tu ne t’en souviens pas? Ils ont découvert son corps dans les débris de sa cuisine. Et mère a dit : Elle préparait peut-être un gâteau en secret.

Amed : Grand-mère aurait dû mourir dans son lit avec grand-père Mounir.

Aziz : Ça n’aurait rien changé.

Amed : Si, tout aurait été différent.

Aziz : Père disait qu’elle nous donnait le mauvais exemple parce qu’elle parlait toute seule.

Amed : Elle ne parlait pas toute seule. Elle interrogeait les fleurs du jardin. Elle discutait avec le ruisseau. (Temps.) Aziz, je peux te dire une chose que tu ne répéteras à personne?

Aziz : Dis-la.

Amed : Jure-moi que tu ne la répéteras pas.

Aziz : Juré.

Amed : Je suis un peu comme grand-mère Shahina.

Aziz : Qu’est-ce que tu veux dire?

Amed : Il y a une voix dans ma tête. Elle parle toute seule. Je n’arrive pas à la faire taire, elle dit des choses étranges.

Aziz : Je ne comprends pas.

Amed : Comme s’il y avait une autre personne cachée en moi, une personne plus grande que moi.

Aziz : Raconte-moi, Amed, raconte-moi les choses étranges qu’elle te dit.

Amed : Je ne peux pas te les raconter, je les oublie au fur et à mesure.

Aziz disparaît.

Amed : Ce n’est pas vrai. Je ne les oublie pas.

Tamara apparaît.

 

1. La maladie d’Aziz

Amed : Où il est mon frère?

Tamara : Sois gentil avec lui quand il reviendra.

Amed : C’est mon frère. Je n’ai pas à être gentil avec lui.

Tamara : Il est malade.

Amed : Où il est mon frère?

Tamara : Ton père l’a amené.

Amed : À la ville, c’est ça? Pour quoi faire?

Tamara : Ne me pose plus de questions.

Amed : Qu’est-ce qu’il a mon frère?

Tamara : Je ne sais pas. Tu as fait tes prières?

Amed : Oui.

Tamara : Il faut encore prier.

Amed : Je suis fatigué.

Tamara : Dieu est sourd. Il faut insister.

Ils disparaissent. Zahed et Aziz apparaissent. Ils s’adressent au public.

Zahed : Nous sommes partis à l’aube.

Aziz : Je regarde le paysage nouveau défiler derrière la fenêtre de la portière. Je trouve beau l’espace que fend l’auto. Je trouve beaux les arbres que mes yeux perdent de vue. Je trouve belles les vaches aux cornes badigeonnées de rouge, calmes comme de grosses pierres posées sur le sol brûlant. La route est secouée de joie et de colère. Je me tords de douleur. Je m’évanouis dans le camion. Je n’ai pas vu la grande ville.

Zahed : Quand tu te réveilles, tu es couché dans un lit. Il y a d’autres lits dans la chambre, d’autres enfants couchés.

Aziz : Je crois que ma douleur trop grande a multiplié mon corps. Je crois que je suis couché dans tous ces lits. Je crois que je me tords de douleur dans tous ces lits avec tous ces corps.

Zahed : Nous repartons une semaine plus tard.

Aziz : Je regarde la route s’enfuir dans le rétroviseur. Tu fabriques un étrange silence, fumes dans le camion. Tu m’as apporté des dattes et un gâteau. Je suis heureux de me perdre dans ta fumée. Avant d’arriver à la maison, je te demande si je suis guéri.

Zahed : Tu ne retourneras plus à l’hôpital. Nos prières ont été exaucées.

Aziz : Tu mets ta grosse main sur ma tête, ça me suffit.

Zahed disparaît, Amed apparaît.

Amed : Raconte. L’hôpital, comment c’était?

Aziz : On m’a donné un sirop à boire.

Amed : Ça goûtait quoi?

Aziz : Le rat pourri.

Amed : Je ne te crois pas.

Aziz : J’en prenais toutes les heures. C’était de couleur rose.

Amed : Comment tu sais que ça goûtait le rat pourri? Tu as déjà mangé du rat pourri? Et pourquoi c’était rose et pas gris comme un rat pourri?

Aziz : C’était rose et ça goûtait le rat pourri. Ça calmait mon ventre. Je n’avais plus de crises. Père venait me voir tous les jours.

Amed : Il n’habitait pas à l’hôpital?

Aziz : Tu ne sais rien. On n’habite pas dans un hôpital. Père habitait chez son cousin Kacir.

Amed : Père venait te voir tous les jours?

Aziz : Oui.

Amed : Pourquoi? Qu’est-ce qu’il faisait avec toi?

Aziz : Rien.

Amed : Rien? Alors pourquoi il venait te voir?

Aziz : Tu ne sais vraiment rien.

Amed : La grande ville, comment c’était?

Aziz : Magnifique.

Amed : C’est vrai?

Aziz : Tu ne sais vraiment rien.

2. La lettre de Dalimah

Tamara (s’adressant au public) : J’ai reçu une lettre de ma sœur Dalimah. Elle vit en Amérique. Il n’y a pas de guerre là-bas, c’est ça qui la rend si heureuse. Et si audacieuse. Dans sa lettre, elle m’annonce qu’elle est enceinte. Son premier enfant. Elle m’écrit de venir la rejoindre avec les jumeaux. Elle laisse entendre que je devrais abandonner Zahed. Le laisser seul avec sa guerre et ses champs d’orangers. Comme elle a changé en quelques années! Il y a des jours où je la déteste. Comment pourrais-je abandonner mon mari? Zahed ne demande plus de ses nouvelles. Pour lui, Dalimah est morte. Il ne veut même pas toucher à ses lettres. « Je ne veux pas être souillé. » Le mari de Dalimah est ingénieur. Dalimah ne parle jamais de lui dans ses lettres. Elle sait qu’aux yeux de notre famille il est considéré comme un hypocrite et un lâche. Il vient de l’autre versant de la montagne. C’est un ennemi. Il s’est enfui en Amérique. Pour être reçu là-bas, il a raconté des horreurs et des mensonges sur notre peuple. Comment Dalimah n’a-t-elle rien trouvé de mieux à faire, en arrivant là-bas, que d’épouser un ennemi? Comment a-t-elle pu? « C’est Dieu qui l’a mis sur mon chemin. » Elle est idiote. L’Amérique a obscurci son jugement. Qu’est-ce qu’elle attend? Que nous soyons tous massacrés par les amis de son mari? Qu’est-ce qu’elle a pensé en l’épousant? Qu’elle allait contribuer au processus de paix? Au fond, elle a toujours été une égoïste. À quoi bon lui faire part de nos malheurs? Son mari pourrait s’en réjouir, qui sait? Je ne lui dirai rien. Je ne lui parlerai même pas de la bombe qui vient de tuer mes beaux-parents.

3. L’homme à la mitraillette

On entend des chants d’oiseaux.

Soulayed : Comme ta maison est calme! Je ferme les yeux et le parfum des orangers m’envahit. Ton père Mounir a travaillé toute sa vie sur cette terre aride. C’était le désert ici. Avec l’aide de Dieu, ton père a accompli un miracle. Il a fait pousser des oranges là où il n’y avait que du sable et des pierres. Ne crois pas, parce que je suis venu chez toi avec une mitraillette, que je n’ai pas les yeux et les oreilles d’un poète. J’entends et je vois ce qui est juste et bon. Tu es un homme de cœur. Ta maison est propre. Chaque chose est à sa place. Le thé de ta femme est délicieux. Tu sais ce qu’on dit, trop sucré, pas assez sucré, le bon thé se boit entre les deux. Celui de ta femme se tient juste au milieu. Le ruisseau qui coule entre la maison de ton père et la tienne se tient aussi juste au milieu. De la route, c’est ce qu’on remarque en premier, cette beauté qui se tient juste au milieu. Zahed, ton père était connu dans toute la contrée. Il était un homme de justice. Seul un homme de justice a pu transformer cette terre sans visage en un paradis. Les oiseaux ne se trompent jamais quand il s’agit de paradis. Ils le reconnaissent très vite même lorsqu’ils se cachent dans l’ombre des montagnes. Dis-moi, Zahed, connais-tu le nom des oiseaux qu’on entend chanter en ce moment? Sûrement pas. Ils sont trop nombreux et leur chant est trop subtil. Par la fenêtre, j’en vois dont les ailes lancent des éclairs de safran. Ces oiseaux sont venus de très loin. À présent, leurs couleurs vives se mêlent à celles de l’orangeraie où tu viens d’enterrer tes parents. Et leur chant résonne comme une bénédiction. Mais ces oiseaux sans nom peuvent-ils diminuer ta douleur? Peuvent-ils donner un autre nom à ton deuil? Non. La vengeance est le nom de ton deuil.

Kamal : Soulayed a dit vrai, tu es le digne fils de ton père Mounir, dont la renommée a depuis longtemps dépassé les murs de sa maison. Il faut être en harmonie avec Dieu pour réussir ce que ton père a fait avec ses deux mains. Quelle pitié, Zahed, de contempler sa maison détruite. Quelle douleur. Accepte les pauvres prières du pécheur que je suis. Je me frappe la poitrine trois fois.

Soulayed : Écoute-moi bien maintenant. D’autres maisons ont été détruites dans les villages voisins. Beaucoup de gens sont morts à cause des missiles et des bombes. Nos ennemis veulent s’emparer de notre terre pour construire leurs maisons et engrosser leurs femmes. Quand ils auront envahi nos villages, ils pourront avancer sur la grande ville. Ils tueront nos femmes. Ils feront de nos enfants des esclaves. Et ce sera la fin de notre pays. Notre terre sera souillée par leurs pas, par leurs crachats. Crois-tu que Dieu va permettre ce sacrilège? Le crois-tu, Zahed?

Kamal : Toi, Dieu t’a béni deux fois. Réjouis-toi, il a mis dans le ventre de ta femme deux fils semblables. Ma femme est morte en donnant naissance à notre seul fils. Halim est ce que Dieu m’a donné de plus précieux. Pourtant, je l’ai frappé. Approche-toi de lui. Regarde, tu vois encore les marques sur son visage. Je l’ai frappé quand il m’a fait part de sa décision. J’ai fermé les yeux et j’ai frappé comme si je frappais un mur. J’ai fermé les yeux parce que je n’aurais pas pu frapper mon fils dans la lumière du jour. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu le sang. J’ai fermé les yeux et j’ai frappé plus fort. J’ai ouvert les yeux. Halim n’avait pas bougé. Il se tenait droit devant moi et ses yeux étaient remplis de larmes rouges. Que Dieu me pardonne. Je ne suis qu’un misérable pécheur. Je n’ai pas compris. Je n’ai pas voulu comprendre sa décision.

Halim : Écoute-moi aussi. Je maudissais ma mère. Je la maudissais de ne pas être mort avec elle. Pourquoi naître dans un pays qui cherche encore son nom? Je n’ai pas connu ma mère et je ne connaîtrai jamais mon pays. Mais cet homme (montrant Soulayed) est venu vers moi. Et tout a changé.

Soulayed : Je t’observais souvent pendant la prière.

Halim : Je savais que tu m’observais.

Soulayed : Je me suis approché de toi et je t’ai dit : Je connais ton père, je me rends dans son échoppe pour faire ressemeler mes bottes. Kamal est un bon artisan. Il travaille bien. Il demande un juste prix pour son labeur. Mais c’est un homme malheureux. Et toi, son fils, tu es encore plus malheureux que lui. Halim, prononcer le nom de Dieu ne suffit pas. Où est ta force? Pourquoi venir te prosterner parmi tes frères et implorer le nom de Dieu? Ta bouche est vide comme ton cœur. Qui veut de ton malheur? Dis-moi, qui peut se nourrir de ta plainte? Tu as déjà quinze ans et tu n’as encore rien fait de cette vie que Dieu t’a offerte. À mes yeux, tu ne vaux pas mieux que nos ennemis. Ta mollesse nous affaiblit et nous fait honte. Où est ta colère? Je ne l’entends pas. Écoute-moi, Halim : nos ennemis sont des chiens. Ils nous ressemblent, crois-tu, parce qu’ils ont des visages d’hommes. C’est une illusion. Regarde-les avec les yeux de tes ancêtres et tu verras de quoi sont réellement faits ces visages. Ils sont faits de notre mort. Dans un seul visage ennemi, tu peux voir mille fois notre anéantissement. N’oublie jamais ceci : chaque goutte de ton sang est mille fois plus précieuse qu’un millier de leurs visages. (À Kamal.) Tu comprends la décision de ton fils. Tu la comprends maintenant?

Kamal : Oui, je la comprends. Et je l’accepte.

4. L’âme errante de Mounir

On ne voit pas le visage de Mounir, plongé dans l’ombre.

Mounir : Où te caches-tu, Shahina? Je sens une présence, une pression, une chaleur, juste là, derrière l’épaule gauche, comme un regard touche quelqu’un à son insu. Je me détourne mais tu n’es pas là. Montre-toi, Shahina! Tu n’as pas à me protéger. Ne me fais pas croire que tu es toujours vivante. Tu es morte, toi aussi, je le sais depuis le début. Ne joue pas avec moi. Je ne veux pas être seul et mort. Je veux mourir ma mort avec toi. Où es-tu? Parle-moi, interroge-moi, demande-moi si j’ai pensé à toi quand la bombe a percuté notre toit, quand mon corps a été déchiqueté, mêlant mon sang aux draps encore imprégnés de ton parfum. Est-ce que la mort c’est d’être emprisonné dans une pensée qui tourne en rond pour l’éternité? Réponds-moi, Shahina. Je te sens dans mon dos comme si ton regard avait laissé une marque, s’était attardé sur mon épaule, avait creusé un petit trou chaud plein d’attentions, plein de questions. Je m’appelle Mounir, est-ce que tu peux encore t’en souvenir là où tu te caches? Je meurs mille morts si je ne te retrouve pas.

5. La mort d’Halim

Dans l’orangeraie. Zahed tient dans ses mains un sac.

Zahed : Observez comme la lumière est pure. Levez la tête. Regardez, un seul nuage glisse dans le ciel. Il est très haut et s’étire lentement. Dans quelques secondes, il ne sera plus qu’un filament dissous dans l’azur. Regardez. Vous voyez, il n’existe plus. Tout est bleu. C’est étrange. Il n’y a pas de brise aujourd’hui. La montagne au loin semble rêver. Même les mouches ont cessé de bourdonner. Tout autour de nous les orangers respirent en silence. Pourquoi tant de calme, tant de beauté? Regardez maintenant comme la tombe de vos grands-parents semble nous dire qu’ils reposent en paix. Mais qu’ont-ils fait de mal pour mériter leur mort atroce? Assoyez-vous, j’ai quelque chose à vous montrer.

(Amed et Aziz s’assoient avec leur père.)

Zahed : Halim. Je sais que vous le connaissez. Il était là hier avec son père et un autre homme. Un homme important qui vient du village voisin. Il s’appelle Soulayed. Il m’a parlé avec son cœur. Il a insisté pour voir la maison détruite de vos grands-parents. Il va prier pour le salut de leur âme. C’est un homme pieux. Un homme instruit. Halim. Oui, Halim. Vous le connaissez, non? Dans quelques instants, le soleil brillera au zénith et Halim sera mort.

Aziz : Pourquoi?

Zahed : Regardez le soleil. (Ils fixent un long moment le soleil malgré les larmes qui brillent dans leurs yeux.) Des chiens habillés. Nos ennemis sont des chiens habillés. Ils nous encerclent. Au sud, ils ont fermé nos villes avec des murs de pierre. C’est là que Halim est parti. Il a traversé la frontière. Soulayed lui a expliqué comment faire. Il est passé par un tunnel secret. Puis, il est monté dans un autobus bondé. Voilà, il est midi maintenant. Halim vient de se faire exploser.

Amed : Comment?

Zahed : Avec ça. (Zahed ouvre le sac et en retire une ceinture d’explosifs.) Vous savez ce que c’est, ça? Et vous voulez savoir ce que Soulayed m’a chuchoté à l’oreille avant de partir? Vous voulez savoir ce qu’il m’a dit? (Temps.) Il s’est approché de moi et il m’a dit : Tu as deux jeunes fils. Ils sont nés au pied de la montagne qui ferme notre pays au nord. Peu de gens connaissent aussi bien les secrets de cette montagne que tes deux jeunes fils. N’ont-ils pas trouvé le moyen de se rendre de l’autre côté? Ils l’ont fait, non? Tu te demandes comment je sais cela. Halim me l’a raconté. Et ce sont tes fils eux-mêmes qui l’ont raconté à Halim. (Zahed agrippe ses deux fils par le cou et les secoue avec rage.) Qu’avez-vous raconté à Halim? Mais qu’est-ce que vous avez dit à ce garçon qui vient de se faire exploser? (Zahed se calme.) Mes petits hommes, Dieu sait ce qu’il y a dans mon cœur. Et vous le savez aussi. Vous m’avez toujours fait honneur. Vous êtes de braves fils. Et votre mère est très fière de vous. Mais elle ne veut pas voir le danger qui nous guette. Elle n’a pas salué Soulayed quand il est parti. C’est un homme important. Elle l’a insulté. Elle n’aurait pas dû. Soulayed va revenir, vous comprenez, il va revenir pour vous parler. Il va revenir très vite.