Diane Schoemperlen

Entretien

«Je voulais écrire un livre d'histoires illustrées depuis longtemps. J'ignorais si c'était une bonne idée, mais j'ai finalement décidé de plonger.»

Écrivaine touche-à-tout, essayiste, nouvelliste et artiste visuelle, Diane Schoemperlen vit à Kingston. Elle a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général pour Forms of Devotion, la version originale de l’Encyclopédie du monde visible. Son œuvre, profondément originale et marquée par une audace littéraire rare, a été maintes fois saluée.

La construction est une forme d’expression pour vous; la structure d’Encyclopédie du monde visible en est un bon exemple. Comment avez-vous déterminé l’assemblage des récits de ce livre?

En fait, j’ai écrit toutes ces histoires spécifiquement pour ce recueil. Je voulais écrire un livre d’histoires illustrées depuis longtemps. J’ignorais si c’était une bonne idée, mais j’ai finalement décidé de plonger. Je ne les ai pas écrites avec l’intention qu’elles soient reliées par une thématique, mais simplement avec l’idée que chacune d’elles allait être illustrée. «Les spacieuses chambres du cœur» est le seul texte qui a d’abord été écrit sans images; je l’ai ensuite illustré pour le livre.

Plusieurs de vos collages figurent dans Encyclopédie du monde visible. Ont-ils été réalisés expressément pour le livre?

Oui. Cependant, je n’ai pas construit toutes les histoires de la même manière. Parfois, j’écris le texte en premier, puis je fais les collages. D’autres fois, je crée d’abord une série de collages et j’écris le texte qui les accompagnera par la suite. J’ai toujours été fascinée par l’interaction entre texte et image. Je crois qu’inclure des illustrations permet d’ouvrir le texte à de plus larges interprétations. Bien que chaque histoire se suffise à elle-même, j’ai l’impression que les illustrations ajoutent des couches et des dimensions intéressantes à l’expérience de lecture.

Quel est votre point de départ lorsque vous créez un collage?

Je commence normalement avec une image centrale et je construis le collage en pièces à partir de là. Parfois, je sais exactement ce que je veux faire, ce dont je veux que ça ait l’air à la fin. D’autres fois, mon plaisir est davantage de jouer avec les images individuellement et de voir le résultat final. Un des aspects les plus excitants du collage est l’exploration de la juxtaposition des images: Comment se connectent-elles? Comment interviennent-elles l’une par rapport à l’autre? Comment poser côte à côte deux images apparemment sans lien crée-t-il une toute nouvelle image?

Vous avez mené un atelier d’écriture à Kingston. Comment est-ce pour vous, en tant qu’auteure publiée, de guider le travail des autres?

J’ai donné de nombreux ateliers d’écriture au fil des ans, tant à Kingston qu’ailleurs, et ce sont toujours des expériences agréables. Plus récemment, j’ai donné des ateliers au Agnes Etherington Art Centre, à l’Université Queen’s, intitulés «Drawn to Words». Ces ateliers s’intéressent à la création d’un texte inspiré par une œuvre d’art visuel et au lien qui les unit. En général, je pense que le meilleur avis que je peux donner aux participants de ces ateliers est de suivre leur instinct, de laisser aller leur imagination au-delà de l’ordinaire, et de ne pas être trop durs envers eux-mêmes pendant le processus de création. Nous avons tous deux voix dans nos têtes: le créateur et le critique. C’est important d’apprendre à faire taire la voix du critique lorsqu’on crée. La créativité d’abord, la critique ensuite. Toujours.

Travaillez-vous à un nouveau livre?

J’ai récemment complété un autre recueil d’histoires illustrées intitulé By the Book: Stories and Pictures. Dans ce livre, les collages sont en couleurs et beaucoup plus élaborés que ceux d’Encyclopédie du monde visible. Le recueil compte huit histoires illustrées, chacune ayant été conçue à partir de textes datant de la fin du 19e siècle et du début du 20e. Ces récits poétiques prennent une forme narrative: un réarrangement imaginé et brodé à partir de matériel original.