Claude Poissant

Entretien avec Larry Tremblay

«Larry étant aussi dramaturge, il y avait déjà dans le roman une théâtralité, des dialogues qui permettaient de croire en une transposition scénique singulière qui saurait s'incarner sans qu'on perde le lyrisme et la narration.»

Larry Tremblay a publié une trentaine de livres. Ses œuvres théâtrales, produites dans de nombreux pays, ont été maintes fois récompensées, certaines comme The Dragonfly of Chicoutimi et Le ventriloque font figure de classiques. Son roman Le Christ obèse a été finaliste au Prix littéraire des collégiens. L’orangeraie – désormais un incontournable de nos lettres – a notamment remporté le Prix des libraires du Québec et le Prix littéraire des collégiens, en plus d’être publié à ce jour dans une quinzaine de pays et d’avoir été adapté au théâtre.

L’orangeraie a été adapté pour le théâtre par son auteur, Larry Tremblay. Claude Poissant en a assuré la mise en scène. Il s’agit d’une cinquième collaboration entre les deux hommes de théâtre. Nous nous sommes entretenus avec le metteur en scène pour l’occasion.

Pourquoi avez-vous choisi d’adapter L’orangeraie au théâtre?

Parce que je trouvais triste que des gens qui préfèrent le théâtre à la lecture n’aient pas accès à cette fable sur la guerre. Larry étant aussi dramaturge, il y avait déjà dans le roman une théâtralité, des dialogues qui permettaient de croire en une transposition scénique singulière qui saurait s’incarner sans qu’on perde le lyrisme et la narration.

Que cherchez-vous à dire avec ce spectacle?

Que nous avons tous en nous une violence, des mensonges, des stratégies malines, une amertume sociale et des dieux inutiles qu’il faut apprendre ensemble à gérer et à changer en solidarité, en engagement, en écoute de l’autre, en confiance et en pacification.

Il s’agit de votre cinquième collaboration avec Larry Tremblay. Comment le fait de travailler avec le même auteur plusieurs fois influence-t-il votre travail, votre démarche artistique?

Je crois que le fait de travailler avec un auteur comme Larry nous permet à tous deux de développer un langage commun. Et les codes (comme la manipulation, le dédoublement, les multiples identités) qui font ce langage s’inscrivent inévitablement dans toutes nos autres démarches, sans que ce soit volontaire. Notre goût partagé pour un théâtre qui à la fois déroute et s’apprivoise est toujours lié à une envie commune, déclenchée par l’écriture de Larry, de parler de sujets qui nous touchent, qu’ils soient universels ou plus intimes.

À quel type de mise en scène peut-on s’attendre?

On peut s’attendre à entendre le texte, sans épanchements, à une histoire racontée sobrement, nettement, et à ce que la fable et le réalisme se conjuguent. On peut s’attendre à quelque chose de simple et mystérieux, comme le soleil, les étoiles et le silence.

Lorsque vous avez pensé votre mise en scène, vous adressiez-vous à un public en particulier?

Je m’adresse toujours à tous ceux qui veulent venir voir la pièce. Et pour ce faire, je m’adresse à moi-même au début et souvent en cours de travail.

Comment travaillez-vous les personnages enfants pour qu’ils soient crédibles même s’ils sont joués par des adultes?

Il faut retrouver son propre enfant et que chaque acteur fasse de même, sachant qu’il y a dans l’enfance cette naïveté si lucide, cette transparence si abîmable, cette ouverture à l’autre prête à toutes les influences. Et au fur et à mesure que nous avançons dans le travail, il faut faire confiance à nos acquis et éviter toute composition extérieure.

Selon vous, l’adaptation théâtrale est-elle complémentaire au roman ou s’y substitue-t-elle?

Elle s’y substitue totalement et heureusement. Le roman et la pièce sont des expériences différentes mais entières.

Croyez-vous que ce spectacle puisse voyager?

Je le lui souhaite tant, et je sais qu’il le peut. Le saura-t-il? Il faudra un peu de courage chez les diffuseurs d’ici ou d’ailleurs car le sujet (comme la pièce) comporte autant de lumière que de douleur.