Annabel Lyon

Entretien

«Je considère l'ensemble de mon travail comme féministe. J'estime les personnages féminins autant que les masculins et j'espère leur donner une égale dignité.»

Née à Brampton en Ontario, Annabel Lyon a fait des études de musique, de philosophie et de droit avant de publier deux recueils de nouvelles, Oxygen et The Best Thing for You, qui ont connu un grand succès au Canada. Paru dans plus d’une vingtaine de pays, Le juste milieu, son premier roman, a remporté le prix Rogers Writers’ Trust et a été finaliste au prix Scotiabank Giller et au Prix littéraire du Gouverneur général. Elle vit en Colombie-Britannique avec son mari et ses deux enfants.

Après vous être intéressée à Aristote et à Alexandre le Grand dans Le juste milieu, qu’est-ce qui vous a amenée à Pythias, hormis le fait qu’elle soit la fille du grand philosophe?

Quand j’ai commencé à écrire Le juste milieu, j’ai su que je voulais écrire à propos de la fille d’Aristote. Le juste milieu est en grande partie un roman qui traite de l’univers masculin : des hommes publics, des soldats, des politiciens, des intellectuels, bref, des hommes puissants. Je savais que j’avais représenté seulement la moitié du monde et que j’aurais à écrire un deuxième roman qui montrerait les femmes, les esclaves, les cuisines et les pratiques magiques.

L’Antiquité est souvent dépeinte comme une époque lumineuse et riche. Dans Une jeune fille sage, vous vous êtes attardée davantage à ses travers qu’à ses mérites. Pourquoi?

La vie était difficile pour tout le monde, et ce, malgré le point de vue romantique que l’on a sur la riche architecture, les vêtements exotiques et la nourriture somptueuse. Vous pouviez mourir d’une égratignure sur un genou s’il s’infectait. La guerre était une constante dans la vie de tous. La pauvreté et la crasse étaient normales, tout comme une basse espérance de vie. C’était d’autant plus difficile lorsque vous n’étiez pas un homme de la classe supérieure. Si vous étiez une femme ou un esclave, vous étiez une propriété et vous n’aviez à peu près aucun droit. Lorsque nous racontons des histoires antiques – pensons au film Gladiateur ou à la série Rome, produite par HBO –, nous avons tendance à nous intéresser aux classes supérieures, aux belles personnes riches. Seulement, ce n’était pas le cas de tous.

Comment avez-vous travaillé le personnage de Pythias, compte tenu du fait que les renseignements sur cette dernière sont plutôt rares?

En fait, c’était plutôt libérateur, parce que je pouvais inventer des choses! Écrire au sujet d’hommes connus tels qu’Alexandre le Grand et Aristote demande de rester vrai et de coller aux faits. Mais comme on connaît si peu de choses à propos de Pythias, j’étais libre d’extrapoler à partir de ce que je savais de la vie des femmes en général et d’imaginer les détails. J’ai vraiment apprécié cette liberté.

Considérez-vous Une jeune fille sage comme un roman féministe?

Je considère l’ensemble de mon travail comme féministe. J’estime les personnages féminins autant que les masculins et j’espère leur donner une égale dignité. L’un des plus grands défis d’écrire sur les femmes de l’Antiquité était de ne pas être anachronique. Ça m’a pris un certain temps pour arrêter de penser que ces femmes devaient toujours être déprimées à cause de toutes les restrictions qui leur étaient imposées. C’est bien entendu le point de vue d’une personne vivant au 21e siècle dans un pays industrialisé ; ce n’était certainement pas la perspective que ces femmes avaient de leur propre vie. Éventuellement, la question qui a réellement commencé à m’intéresser n’était pas «Pourquoi étaient-elles misérables? », mais plutôt «À quoi ressemblait le bonheur pour une femme de la Grèce antique?». Cette interrogation était beaucoup plus intrigante et stimulante.

Croyez-vous en avoir fini avec la Grèce antique?

Il ne faut jamais dire jamais! Mais pour l’instant, oui. Je pense avoir dit ce que j’avais à dire sur le sujet. Je ne planifie pas en faire une trilogie.

Avant d’écrire Le juste milieu et Une jeune fille sage, vous avez publié deux recueils de nouvelles (Oxygen et The Best Thing for You), ainsi que deux romans destinés à la jeunesse (All-Season Edie et Encore Edie). Pensez-vous revenir à ces genres, ou encore en expérimenter de nouveaux?

J’aime écrire pour les adolescents et les jeunes adultes et j’espère que ce sera toujours une part de ce que je ferai en tant qu’auteure. J’aime aussi écrire des nouvelles, bien que ce soit de plus en plus difficile de trouver des lieux de publication. Je crois quand même que je reviendrai toujours à ce genre.

Qu’est-ce qui diffère pour vous entre l’écriture destinée à la jeunesse et celle destinée aux adultes?

Ce que j’écris pour les adultes est assez sombre, il y a du sexe, de la violence et de la dépression. En revanche, mes textes pour la jeunesse sont légers et drôles ; j’aime bien retourner à cet univers lorsque j’ai besoin de changement.

Quels sont vos projets littéraires?

En ce moment, je termine le troisième et dernier roman de ma série pour jeunes lecteurs, intitulé Edie in Paris.