Sur Troupe 52

Par Patrick Senécal

Les vrais bons romans d’horreur sont rares : souvent, ils se contentent de répéter les clichés habituels avec un style mièvre. Mais il y a Nick Cutter et son roman Troupe 52. Pourtant, les éléments principaux de l’intrigue sont éprouvés: des gens coincés sur une île déserte, un «virus» qui s’attaque à ce lieu fermé, des transformations physiques répugnantes, l’armée qui manipule tout cela dans l’ombre… Mais Cutter réussit l’exploit de se servir de ces thèmes old school pour créer une histoire vraiment originale et terrifiante.

Bien sûr, il y a l’ingrédient de base : la répulsion, représentée ici par des parasites qui envahissent autant les personnages que l’esprit du lecteur. Mais outre ces immondes descriptions diablement efficaces, il y a l’essentiel: des personnages forts, crédibles, qui réussissent à nous faire vivre leur cauchemar (et croyez-moi, c’en est tout un!), avec une écriture précise et imagée, qui rappelle par moments Stephen King sans pour autant l’imiter platement. Mais ce qui rend ce roman vraiment épouvantable (dans le bon sens du terme, bien sûr), c’est que les victimes de ces atrocités sont des gens qui, normalement, s’en tirent assez bien dans ce type de livre : des enfants. Si au départ, cet aspect peut rassurer le lecteur, qui croira qu’au bout du compte, un roman mettant en vedette des ados de quatorze ans ne peut être si cruel, celui-ci comprendra rapidement que Cutter n’a plié devant aucune concession. Vraiment aucune. Il est allé jusqu’au bout. Jusqu’au fond. Jusqu’où ça fait mal.

Troupe 52 : de l’horreur, de la vraie, comme je n’en avais pas lu depuis longtemps.