Sur Boo

Par Jean-Philip Guy (Librairie du Soleil)

Oliver Dalrymple aurait été un grand scientifique. Il connaissait tous les éléments du tableau périodique par cœur et trouvait dans l’univers et ses manifestations un ravissement qu’aucune fiction ne pouvait lui apporter. Seul accroc : Oliver est mort, à treize ans. Après sa renaissance, nu sur son lit d’hôpital, c’est avec minutie que celui qu’on surnomme « Boo », l’athée, se met à rédiger à la première personne un journal sur ces limbes qu’il habite désormais.

Dans ce Village découpé en treize secteurs et bordé de hautes murailles, notre nouveau mort se retrouve avec d’autres jeunes Américains de treize ans. Comme Zig (le surnom que tous donnent à Dieu au Village) a le bon goût d’effacer des mémoires les derniers instants des nouveaux arrivants, ce n’est que lorsque Johnny Henzel, un ancien camarade d’école, arrive au Village qu’Oliver apprend qu’il a été assassiné. Avec Johnny débutera alors une course folle, où les deux comparses chercheront l’insaisissable « Gunboy », leur assassin présumé qui se cacherait aussi au Village. Mais cette découverte pourrait être risquée s’il s’avère, comme le déclare Johnny, qu’il y a un « Gunboy » dans chacun d’entre nous…

Boo nous entraîne paradoxalement dans deux mythes de l’enfance. Ce roman se déploie parfois avec légèreté, un peu comme L’île mystérieuse, avec ses ressources qui tombent du ciel, les immeubles qui se réparent d’eux-mêmes et les gens qui guérissent de tout. On sourit aussi de voir Boo, le marginal, sortir peu à peu de sa coquille et se rapprocher des autres. Ses amitiés sont d’ailleurs cruciales au récit.

Cependant, pour son côté obscur, Sa majesté des mouches n’est jamais très loin. Les scènes du procès et de son verdict sont certainement les premières qui viendront à l’esprit, mais c’est une scène d’intimidation dans le « vrai monde » qui m’a choqué. Celle-ci trouble par sa banalité, par cette inhumanité pure que l’on peut transmettre à l’aide d’une canette, pour éroder tout, jusqu’au fond de l’âme.

J’ai donc terminé ma lecture de Boo quelque peu déboussolé, et c’est tant mieux. Au bout du compte, on ne devrait pas se surprendre qu’un livre qui aborde des questions aussi essentielles ne nous laisse pas avec une finale toute faite, où chaque case serait cochée et chaque ambiguïté résolue. Il s’agit d’un roman d’une apparente simplicité qui se révèle, en fait, complexe et d’une grande portée philosophique. Un roman humain, finalement.