Sur Remèdes pour la faim

Par Marie-Hélène Métivier

J’ai été complètement envoûtée par l’écriture très masculine de Béchard; c’est une écriture dépouillée, contemplative, qui coule et qui berce littéralement la lecture, de sorte qu’on ne peut quitter le jeune protagoniste dans ses errances et ses découvertes. Aucun mot de trop, un rythme qui se fond avec le paysage.

Plus qu’un roman d’apprentissage, Remèdes pour la faim est une histoire d’amour avec la littérature. C’est un aspect du roman qui m’a beaucoup émue et qui me rappelait ma propre découverte des mots et des auteurs phares qui m’ont forgé. Oui, les histoires de cambriolages d’André sont étonnantes et uniques, mais la volonté de Deni, « l’enfant », de remonter le fil de ses origines (très mouawadien comme thème) et d’établir sa place dans le monde bouleverse et crée une cohésion très forte au sein du récit, de sorte que lorsque Deni, jeune adulte, écrit les souvenirs de son père, il écrit sa propre histoire familiale. La narration s’adapte bien au personnage de Deni qui grandit, qui passe de l’enfance à l’adolescence. C’est pourquoi la dernière partie du roman, au moment où Deni écrit les histoires que son père lui raconte au téléphone, est particulièrement magnifique. Malgré la répétition des histoires, il demeure que le personnage a le recul nécessaire pour mieux comprendre les choix de vie de son père et s’inscrire dans le présent.

Merci pour cette superbe lecture!