Qui est Tom Gauld?

Par Chloé Legault

Tom Gauld

Des souris qui lisent, Shakespeare, des livres, beaucoup de livres, des robots humanoïdes, Dickens, des astronautes, des découvertes improbables, Paris Hilton, Dieu, l’Histoire avec un grand « H », Hemingway, une bonne fée marraine féministe, les écrivains et leur univers, une fourmi actrice, Dan Brown (tête de Turc par excellence), des jeux vidéo littéraires et encore beaucoup d’autres curiosités : bienvenue dans le petit monde de Tom Gauld.

Né en 1976 en Écosse, Tom Gauld a étudié l’illustration à l’Edinburgh College of Art, puis au Royal College of Art de Londres. Avec Simone Lia, une collègue d’université, il a mis sur pied la petite maison d’édition Cabanon Press. Gauld est l’auteur de plusieurs bandes dessinées et romans graphiques, dont Goliath (publié en français à L’Association), Hunter and Painter, The Gigantic Robot et Vous êtes tous jaloux de mon jetpack. Il vit maintenant en Angleterre, où il collabore quotidiennement à la page des lettres du prestigieux journal The Guardian; où son travail s’amalgame aux discussions à propos de la littérature. D’ailleurs, les cartoons que l’on trouve dans Vous êtes tous jaloux de mon jetpack sont tirés des pages du fameux périodique; Gauld a sélectionné ses strips favoris, en faisant bien attention qu’ils soient significatifs et drôles, et ce, même hors de leur contexte de publication original.

«Dans mes cartoons et mes bandes dessinées, j’aime parfois prendre quelque chose de très connu et l’observer d’un point de vue différent », affirme-t-il. Ce que lui permettent notamment les contes de fées et les histoires mythologiques, mais également les genres typés comme la science-fiction et le fantastique. Il aime subvertir les codes et déjouer les attentes du lecteur, ce qui ne manque pas de nous accrocher un sourire aux lèvres, ou de carrément nous faire pouffer rire.

Avec Goliath, il s’est amusé à réinventer la légende biblique. Plutôt que de l’aborder sous l’angle habituel, en présentant David comme le héros et Goliath comme le méchant géant à terrasser, il a choisi de nous montrer un Goliath sensible et tendre, préférant le travail administratif au labeur militaire. Le résultat est à la fois ravissant et étonnant.

Ceux qui connaissent le travail de Tom Gauld s’en doutent, il est de la race des grands lecteurs. Et il lit de tout, des œuvres classiques à la science-fiction, en passant par la bande dessinée et les romans à suspense. Il aime des auteurs comme P. G. Wodehouse, George Saunders, Edward Gorey, Daniel Clowes et John le Carré. Plus récemment, il dit avoir beaucoup apprécié le roman The Inheritors de William Golding, qu’il juge «merveilleux, intelligent et touchant».

Gauld s’amuse souvent avec la littérature en opposant les genres populaires aux genres dits «nobles », et ce, dans l’unique but de faire rire, le bédéiste trouvant ridicule qu’un genre puisse être considéré «meilleur» qu’un autre. Il aime bien se moquer des œuvres, des idées ou des concepts sérieux, mais ce penchant découle en fait d’une admiration profonde.

Si la littérature est au cœur de la pratique de l’auteur, la technologie y occupe aussi une place de choix, et il n’hésite pas à les faire coexister. Les sœurs Brontë font l’objet d’un jeu vidéo, Dan Brown se cache sur la Lune, Charles Dickens combat le crime à bord de sa «Dickensmobile» et les liseuses électroniques sont victimes de railleries. L’opinion de Gauld sur la technologie semble parfois ambivalente; il croit d’ailleurs que c’est le cas pour la majorité des gens. «Mon ordinateur, avoue-t-il, m’aide à faire des recherches, à créer et à promouvoir mon travail beaucoup plus facilement, mais c’est aussi une grande source de distraction.»

Les robots figurent parmi les personnages chouchous de Gauld, puisqu’ils représentent, selon lui, «une version simple et iconique d’une personne. Ils sont à la fois des êtres et des produits conçus pour performer dans l’exécution d’une tâche». Des bonshommes de métal émaillent ainsi son œuvre, personnifiant la science ou l’avenir, au milieu d’une myriade de personnages tous plus colorés les uns que les autres.

En tant qu’illustrateur, Gauld crée entre autres des pages couvertures de livres. Bien que l’on reconnaisse son style au premier coup d’œil, sa démarche de création n’est pas la même que lorsqu’il travaille sur ses bandes dessinées. «C’est très différent, admet-il. Premièrement, il s’agit d’une grande responsabilité : un auteur peut avoir travaillé plusieurs années sur son livre et je dois faire une page couverture qui soit appropriée et qui provoque une bonne première impression. Je ne veux surtout pas tout gâcher.» Pour y arriver, Gauld lit d’abord le livre ou, si le temps presse, les premiers chapitres, afin de s’imprégner de l’ambiance, du ton et de l’histoire. Il griffonne ensuite quelques esquisses qu’il fait parvenir à l’éditeur. Après discussion, il apporte les changements demandés, s’il y a lieu, dessine la version finale, et le tour est joué. Il a notamment illustré des livres d’Alexandre Dumas, de Ray Bradbury, de Neil Gaiman et de José Saramago, en plus d’avoir collaboré avec The New Yorker et The New York Times.

Tom Gauld travaille actuellement à une nouvelle bande dessinée, une comédie de science-fiction qui se déroule sur la Lune et qui devrait paraître en anglais en 2015. Un autre recueil de cartoons tirés de The Guardian devrait également voir le jour éventuellement. Parions qu’il n’a pas fini de nous faire rigoler!